Un mariage avec un ponte de l'industrie du disque à 18 ans, une enfance ballottée suite à une séparation entre son père et sa mère, un métissage source de conflit familial, un succès planétaire fulgurant à 20 ans, une rupture de contrat avec deux maisons de disques, un train de vie faramineux, une plastique à damner un saint, de multiples réorientations artistiques à même de désorienter ses fans, un goût prononcé pour le luxe et la démesure, des relations amoureuses
marquées par le tumulte, une floppée de Hits, de concerts, d'albums et de collaborations, la vie de Mariah Carey s'apparente plus au parcours d'une combattante qu'à un long fleuve tranquille. Avec elle, on ne s'ennuie pas, même si ses fameuses ballades inspirent plus la détente et l'émotion à fleur de peau, qu'une destinée trépidante. Mais une diva restera toujours une diva, et quand ce statut se cumule avec celui de star planétaire, il est clair qu'on nage plus dans l'irrationnel que le réel, d'où une certaine appréhension avant notre interview avec elle, dans la suite cosy d'un hôtel new-yorkais situé dans le quartier de Tribeca.
Appréhension aussi, du fait que, musicalement parlant, on se demandait bien comment la Carey pourrait renouer avec le succès sans précédent qu'elle a connu durant les 90's, car depuis les choses ont bien changé. L'association entre une artiste étiquetée pop/R&B et le monde du Hip Hop a été maintes fois copiée, son imagerie tantôt glamour, tantôt sexy, a fait des émules, et les rivales sont largement à la hauteur, ce qu'attestent les succès de Beyoncé et J-Lo. Mariah, épaulée par
L.A Reid, a donc mis le paquet sur son nouvel album, en réunissant un casting prestigieux de producteurs, dont certains sont familiers avec la miss. Des Neptunes, en passant par Kanye West, Jermaine Dupri, ou James Poiser, ils ont tous répondu à l'appel, au même titre que les rappeurs Snoop Dogg, Nelly ou Twista.
Ce qui frappe tout de suite quand on rencontre Mariah, c'est le décalage entre l'image qu'on véhicule d'elle, et sa réelle plastique. Au naturel, Mariah est sans doute plus belle… pour peu que l'on considère ses courbes généreuses, sa grande taille, son charme et sa personnalité comme des atouts. Et puis, il y a cette attitude, un rien garçonne, et ses multiples changements d'intonaion, qui font d'elle une redoutable séductrice. &lrdquo;Vous voulez boire quelque chose” nous lance-t-elle en sortant presque incognito d'une pièce voisine, comme pour mieux nous surprendre. Nous déclinons après qu'elle nous a donné une franche poignée de main, ce qui nous vaut un “Allez ne faites pas les timides,” comme si elle s'adressait affectueusement à des petits garçons simulant la réserve. Nous déclinons encore, et passons directement à l'interview. Avec Mariah, pas question de perdre de temps, ça pourrait être fatal.
Sur The Emancipation Of Mimi, tu as travaillé main dans la main avec L.A Reid, comment s'est passée votre collaboration?
Il est vraiment cool, en tant qu'artiste je le considère avant tout comme un producteur: si tu te remémores certains des disques de R&B qu'il a faits, comme “Mercedes Boy,” “Peebles,” ”Two Occasion,” ces vielles chansons sont mémorables. Si un mec de sa carrure me fait des critiques je les accepte, mais si elles viennent d'un scribouillard qui n'a jamais foutu les pieds en studio, ne sait pas de quoi il parle, et que ses critiques n'ont aucune signification d'un point de vue artistique, pourquoi devrais-je les prendre en considération. Pour moi, le fait que L.A Red rejoigne Island/Def Jam fut une bénédiction, car c'est quelqu'un qui a su cerner ma personnalité.
Ton premier single “It's Like That” est un titre destiné aux clubs, y être joué constitue désormais la clé d'un succès?
Tu sais quoi, j'adore faire ce type de chanson, et si tu te penches sur certains de mes titres comme “Fantasy” ou “Heartbreaker,” je considère ses chansons comme fun, tout comme la réalisation de leurs clips d'ailleurs. Ce sont des titres à écouter en boîte, certes, mais ils sont très différents des balades, que j'adore aussi faire, sauf que l'énergie pour les concevoir est différente.
Jermaine Dupri est présent sur différents titres de l'album, et à ce sujet LA Red nous a déclaré qu'entre toi et lui régnait une véritable alchimie, quelle est la nature de cette dernière?
Nous sommes des amis authentiques et nous entretenons cette amitié. J'ai rencontré Jermaine à ses débuts, quand il travaillait avec Kriss Kross et qu'il avait 18, 19 ans. A l'époque j'en avais 12, non, (elle rit), bref j'étais moi aussi jeune, et nous sommes devenus amis, puis nous avons écrit ensemble “Always Be My Baby,” qui fut notre premier hit commun, puisque nous avons été numéro un avec ce titre. Depuis, nous avons collaboré ensemble au fil des années, sur différents remixes, titres etc. Jermaine est toujours resté le même, il a toujours été cool, dans le sens où il aurait pu avoir la grosse tête du fait de sa relation avec Janet Jackson, par exemple… Il se comporte de la même manière qu'avant, et je me sens très proche des gens qui sont comme cela, car je le suis moi-même. Je ne changerai jamais ma personnalité, quoi que puissent être les événements par lesquels je suis passée, ou passerai. J'ai vu des gens sortir de nulle part qui ont rencontré subitement le succès, puis se sont par la suite métamorphosés; mais ce n'est pas le cas de Jermaine, qui a su garder les pieds sur terre, et ce malgré les différents succès qu'il a eu, le dernier étant avec Usher. Et puis créativement parlant, il est dans un très bon état d'esprit. Quand nous avons eu l'occasion d'être à nouveau réunis sur ce projet, il m'a dit: “Ok, Mariah, on va retrousser nos manches et faire en sorte de faire quelque chose de hot.” Jermaine s'est donc vraiment concentré à la réalisation de cet album, tout comme moi, et même si d'une manière générale je le suis toujours, il m'a maintes fois reprise, ce qui est plutôt marrant. Notre alchimie nous vient de l'amour que nous avons à faire de la musique, et de notre compréhension mutuelle, non pas en tant qu'artistes, mais en tant qu'amis.
Pourquoi ce surnom de Mimi?
Je ne sais pas vraiment en fait, je pense que c'est un diminutif de Mariah. Beaucoup de gens me surnomment aussi MC, mais ceux qui m'appellent Mimi sont des personnes vraiment proches de moi, comme mon jeune frère ou mon neveu par exemple. Quand je me suis mise à concevoir cet album je me suis dit: “pourquoi je n'utiliserais pas quelque chose qui m'est vraiment personnel pour son titre?.” parce que je ne voulais vraiment pas utiliser “The Emancipation of Mariah Carey.” Pour moi, Mariah Carey, est presque devenue une personne qui m'est étrangère, c'est quelqu'un de célèbre dont tout le monde se fait une idée de ce qu'elle peut être, alors que je suis juste moi-même. L'album aurait très bien pu s'appeler “l'émancipation de MC,” mais ce mot inspire déjà autre chose aux gens, donc j'ai pensé qu'un titre qui parle avant tout à moi, à mes vrais fans, serait cool. L.A Reid a acquiescé, car pour lui, cet album devait avant tout être une représentation de ma personnalité, pas une grosse machine commerciale.
The Emancipation of Mimi succède à Charmbracelet, que s'est-il passé entre ces deux albums?
Et bien j'étais en tournée dans differents endroits du monde.
Tu t'es même rendue au Proche-Orient: en tant qu'Américaine, tu n'avais pas certaines appréhensions?
Non, tu sais quoi, beaucoup de gens se font des idées préconçues, parce que lors de mon concert à Beyrouth, le public fut sans doute l'un des meilleurs que j'aie eus. C'était même de l'amour pur, les gens reprenaient les chansons avec moi, et ce fut une expérience mémorable. Dans un certain sens, cette tournée m'a préparée vocalement pour la réalisation de The Emancipation of Mimi, car je chantais au rythme d'une nuit, pour deux de repos, ce qui m'a permis de retrouver le niveau de voix qui était le mien quand j'ai commencé ma carrière. Avant cette tournée, je bossais comme une dingue, ce qui m'amène à dire que la sortie de Charmbracelet, s'est faite dans la précipitation, car selon moi, le choix du premier single n'était pas le bon. J'avais un titre avec Jay-Z et Freeway qui n'est jamais sorti, et à l'époque, tu imagines bien que ce genre de choses pouvait être un peu démoralisant. Actuellement je suis heureuse, car mon premier single, “It's Like That,” l'est devenu grâce au retour que nous avons eu des fans quand nous l'avons diffusé sur Internet. Et les fans sont ceux qui décident de la réussite d'un projet, ce qu'atteste le classement de ce titre dans les charts R&B et Pop. Ce sont les gens qui plébiscitent une chanson, pas une maison de disques, et cela est d'autant plus vrai de nos jours, où les majors ne peuvent plus vraiment forcer le public à acheter un disque.
Glitter, le film comme l'album, n'ont pas vraiment rencontré le succès espéré, ce qui ne veut pas dire qu'ils soient tous deux de mauvaise qualité: selon toi que s'est-il passé?
L'album est sorti le 11 septembre, et je me demande si les gens réalisent les répercussions que cela a pu avoir. Je ne sais pas pour vous, mais ce fut le cas aux Etats-Unis, de nombreux anima teurs de talk-shows, comme Jay Leno (sorte de Cauet made in U.S.A, ndr), on fait de cette date de sortie une grosse blague plutôt que de parler des événements du 11 septembre, car ce qui s'est passé ce jour-là était plutôt pénible, ce que je peux comprendre d'ailleurs. Je n'ai pas spécialement de ressentiment contre cet animateur, car au final il a besoin de femmes comme moi. Si je peux faire en sorte que son émission comporte des sketchs, que je sois utilisée dans ce but, et bien ok, qu'importe. Maintenant est-ce que je pense que le film Glitter était bon. Non. Est-ce que je pense que ce fut la chose la plus nulle du siècle: Non (dit-elle en changeant son intonation comme pour narguer ses détracteurs). En ce qui concerne l'album, il a connu de bons moments, alors qu'on en fasse un échec est un peu troublant, mais cela m'a en tout cas enseigné une chose: quand on rentre dans un certain milieu, il faut mettre les gens à terre et s'employer à préserver ses intérêts, chose que j'ai faite, avec pour conséquence de me battre contre Sony, suite aux problèmes que j'y avais, mais ça n'a pas vraiment été une bonne chose à l'époque, puisqu'il m'a fallu changer de label. Résultat des courses, Glitter est sorti sur un label de pingres avec deux semaines de retard, et c'est tombé le jour du 11 septembre, pire date de sortie que l'on puisse avoir. Mais bon, chaque chose arrive pour une raison, et après Glitter, j'ai fait un film, où je joue le rôle d'une femme qui évolue dans la mafia, grâce auquel j'ai pu avoir de bons retours sur ma performance d'actrice. Le festival Sundance l'a bien accueillie et j'ai eu de bonnes critiques, mais peu de gens sont au courant de cela, juste les bonnes personnes. Le milieu du cinéma qui a vu ma performance a pris conscience de mes réelles capa cités, et désormais Hollywood me donne du crédit, puisque j'ai des propositions de films. Quelque part, je voulais en arriver là, je voulais commencer avec des petits rôles, mais la machine hollywoodienne a d'abord cru qu'il fallait me mettre au centre d'un truc pop standard. Et puis si tu y penses, personne n'avait vraiment envie d'emmener ses enfants voir ce film après le 11 septembre et la semaine qui a suivi ce drame, tout le monde avait peur et restait cloîtré dans sa maison. Ils ont donc fait un film pour un public qui n'était pas disposé à aller le voir…
Depuis ton premier album, ta musique a pas mal changé, doit-on considérer le dernier, comme une sorte d'achèvement, ou un nouveau tableau de chasse?
(elle marque une pause) Je pense que c'est un peu des deux, mon sentiment est que j'ai atteint le but que je m'étais fixé en le concevant, et j'en suis très heureuse, voire fière. Mais plus que cela, ce disque est une réflexion sur ou j'en suis actuellement, ce qui explique pourquoi il n'a pas la même teneur que mes précédents opus. l comporte aussi des chansons tristes, mais comparé à certains de mes albums où figurent des titres vraiment profonds, je n'ai pas voulu aller dans cette direction. J'évolue toujours dans ce registre, mais je n'y suis pas scotché. Le titre de mon album le plus profond est sans doute “Fly Like A Bird,” qui est une chanson gospel, pour le reste, mon état d'esprit actuel, c'est d'avoir du fun, d'être connectée à ma spiritualité, reconnaissante envers Dieu pour les choses qu'il m'a données, et de ne pas me morfondre sur le passé, dont je me fous complètement d'ailleurs. J'estime que je suis passé au travers des flammes et que je suis désormais capable d'affronter n'importe quel type d'adversité. On peut me tirer dessus, ça ne me fera pas mourir, car quand tu es dans un bon état spirituel, que Dieu veille sur toi, il n'y a pas grand chose qui puisse te mettre complètement a terre.
Sur cet album, tu montres l'étendue de ton registre vocal, c'était ton ambition première quand tu t'es mise à la conception de cet album?
Honnêtement, je me suis mis à la réalisation de ce dernier parce que je revenais tout juste d'une tournée, et que je me sentais de nouveau à l'aise avec ma voix. Je me suis dit: “Tu dois retourner en studio pour enregistrer quelques parties vocales,” car j'étais dans cet état d'esprit à l'époque. Puis quand je me suis mise à travailler avec Pharrell, ce dernier n'a pas essayé de m'amener dans une direction unique, où je n'aurais qu'à délivrer une grosse performance vocale. Mon investissement vocal dépend des titres en fait. En général, les chanteurs de ballades n'ont pas souvent de bons titres “dance” à leur actif, car ils les saturent avec leur voix. Sur un titre des Neptunes, on ne doit pas avoir nécessairement une grosse présence vocale, car face à un beat péchu, chanter un opéra ne fonctionne pas, il faut parfois savoir s'effacer. Pour moi, il était surtout important de montrer ma capacité vocale à surfer sur différents titres de cet album.
Butterfly, l'un de tes précédents albums, a marqué à l'époque ta volonté de changer de direction artistique, que représente pour toi ce disque?
Butterfly, fut évidemment un tournant dans ma vie personnelle, car je prenais enfin mes distances (elle soupire) avec Tommy (Mottola, ndr), et ma maison de disques de l'époque, Sony, me sollicitait toujours, donc je devais marcher avec eux. À l'époque, ce n'était donc pas facile, c'était même dur, mais en même temps c'était une période fantastique, car j'avais enfin la possibilité de faire l'album que je voulais, chose que j'ai réalisée sans savoir ce à quoi Sony s'attendait. Au final, l'album a fait son effet en vendant 10 millions, mais le truc, c'est que Butterfly représente la direction dans laquelle j'ai toujours voulu aller. Si tu regardes, “Fantasy,” qui est sorti deux albums avant, le remix avec ODB, fut l'un de mes plus gros hits, sauf qu'il ne figurait même pas sur mon album, car on ne me permettait pas d'y faire figurer les remixes. Avec Butterfly, je n'ai pas vraiment changé de direction artistique, et tout ceux qui écoutaient les radios Hip Hop, savaient déjà via les remixes de mes titres, que je travaillais avec des rappeurs. C'est sûr que si tu ne connaissais de moi que des titres comme Hero ou Without You tu ne le savais pas forcément, mais avant Butterfly j'avais déjà bossé avec Peter Gunz, ODB, Bones Thug'n'harmony, Puffy, Mase, bref les rappeurs les plus hot du moment.
Tu te sens vraiment proche du Hip Hop?
Écoute, j'ai passé toute mon enfance à New York, alors comme tous les New-Yorkais je n'y ai pas échappé. Si tu as grandi en écoutant la radio dans ou aux alentours de cette ville, ta bande-son a forcément été le Hip Hop, avec pour conséquence de vivre dans un état d'esprit d'urgence permanente et parfois dirty, si tu vois ce que je veux dire.
À l'évocation d'ODB, peux-tu nous en dire plus sur ta rencontre avec lui?
Avant toute chose, que Dieu ait son âme. Ma rencontre avec lui fut un moment magique, d'ailleurs j'y pensais, pas plus tard qu'hier soir, parce que quelqu'un dont je ne citerais pas le nom, m'a proposé de faire un remix de mon single “Its Like that” avec Scott Storch, ce qui m'a rappelé la nuit où ODB était venu poser son couplet. Par la suite, nous avons fait une vidéo ensemble et depuis, nous étions restés connectés. Les gens ne le soupçonnent peut-être pas, mais ODB était avant tout un artiste, dans le sens où ce qu'il faisait était différent. Personne d'autre que lui n'avait son style, et quand tu écoutes les albums du Wu-Tang et que tu prêtes attention à ses interventions, elles apportent un plus extrêmement bénéfique aux disques du groupe. Je pense que c'était quelqu'un de spécial, de totalement unique, et je suis triste qu'il soit parti.
Après ce type de collaboration avec des artistes HH, beaucoup se sont engouffré(e)s dans la brèche. Que penses-tu de ceux qui utilisant la même formule essayent de s'en attribuer la paternité? sans citer de nom…
(Rire franc et généreux) Tu sais, pour que ce type d'association marche, il est question de savoir si la personne qui y a recours a ça dans le sang ou pas. Si c'est un(e) artiste R&B, ok, c'est super, par contre, et c'est parfois le cas, si quelqu'un issu(e) de la pop essaye de faire ce type de collaboration et n'en est pas spécialement fièr(e), c'est ok aussi, mais bon, ils peuvent toujours repasser.
Tu as commencé ta carrière plutôt jeune, tu es devenue célèbre assez rapidement, avec quels effets?
L'inconvénient est que les gens vont tenter de te berner si tu ne fais pas assez attention à tes affaires. Maintenant, j'aime me considérer comme quelqu'un qui n'a pas été victime de cela, mais quand tu as 18 ans et que tu deales avec des gens qui en ont 45, et dont la vie s'est résumée à exploiter les artistes, ils savent pertinemment ce qu'ils font. Le risque est que l'on peut totalement s'égarer dans ce genre d'histoire. Jusqu'à perdre ton identité, si tu n'as pas la chance d'avoir des gens de confiance derrière toi. Quand je vois des artistes comme Beyoncé, avec sa mère et son père, qui ont le bénéfice d'avoir leur famille derrière eux, c'est fantastique, et je suis très content pour eux. Moi, je n'ai pas eu cette chance, alors c'est peut-être fantastique de démarrer sa carrière jeune, quand la plupart de tes amies sont encore au lycée ou vont aller à la fac, et que tu accomplis ta destinée, mais c'est vraiment très dur, même si je remercie dieu d'être là où j'en suis. Quand tu n'as pas le soutien d'une personne avertie, forte et résistante qui surveille tes arrières en se souciant de toi, ce n'est pas si facile. Moi je n'ai pas vraiment eu de protecteur derrière mes projecteurs.
Pour ceux qui veulent faire carrière dans le show business, si tu avais un conseil à donner quel serait-il?
La chose principale qu'ils devraient faire, et je ne me remercierai jamais assez de l'avoir faite, c'est de conserver ses droits d'auteur si tu écris tes chansons. Parce que même si tu n'as plus d'argent, ce qui m'est à un certain point arrivé, c'est primordial. Quand on m'offrait 5000 dollars, qui pour moi repré sentaient à l'époque 1 million, pour une chanson, même si cette somme me semblait importante, je déclinais. J'étais fauchée, mais je m'en fichais pas mal, car je savais, pour avoir suivi la carrière des Beatles, que je devais garder mes droits coûte que coûte.
Chacun a de toi une perception différente: la diva, la chanteuse sexy, l'artiste R&B plutôt gospel ou urbaine, l'icône pop… Qui est Mariah, comment se définit-elle artistiquement parlant?
humm (soupir), je me décrirais comme une compositrice, une productrice, ainsi qu'une chanteuse, et je dis cela dans cet ordre, car l'idée d'une chanson me vient en premier lieu, puis je me mets a la produire, à la concrétiser donc, et je chante ensuite dessus. Je pointe ce fait, car la plupart des artistes féminins que tu peux voir ont une démo, sur laquelle d'autres gens ont déjà chanté. Puis un producteur leur dit comment chanter, et elles font une vidéo… Je ne pense pas être ce type d'artiste, car je n'aime pas m'enfermer dans une boite, et si je dois m'y résoudre, je me vois comme une artiste R&B, qui flirte parfois avec la pop. Peut-être suis-je l'ensemble de ce que les gens perçoivent de moi, ce qui est une bonne chose. Mais le vrai problème, c'est que certains veulent m'enfermer dans tel ou tel registre: “Mariah ne doit pas chanter des ballades en robe longue,” ou “pourquoi doit-elle s'entourer de tous ces rappeurs dans telle tenue,” oh (elle soupire), ce n'est pas si grave que ça, c'est juste une chanson, si ça vous ne plaît pas, repassez la prochaine fois. Moi j'ai le sentiment que je dois être capable de faire un peu de tout, pour peu que je n'essaie pas de devenir chanteuse de country, pour le reste…
Tu es issue d'un métissage, cela peut être un inconvénient, si on vit aux USA, mais aussi s'avérer très bénéfique. Est-ce un avantages dans ce pays?
Je ne sais pas si c'est un avantage en fait; surtout, qu'en ce qui me concerne, les médias américains qui ont abordé cette question avec moi ne se sont jamais employés à retranscrire mon histoire correctement. Ils ont exagéré ou minimisé certaines choses, alors je te dirais que grandir métisse aux USA est plutôt difficile, mais bon, j'ai récemment donné une interview au magazine Ebony, et j'espère que cette fois-ci ils raconteront mon expérience du métissage en tenant compte de mon témoignage.