Beaucoup d'hommes en ont rêvé, Le Figaro Magazine l'a fait. Malgré lui. La scène se passe à New York, dans un hôtel chic et de mauvais goût comme seuls les Américains savent les faire. Nous avions rendez-vous à 17 heures pour un entretien, ponctuels nous fûmes donc. Mais “Mariah is very sorry,” explique son agent, elle aura un léger retard.
Oh! deux heures et demie, pas plus! Palabre entre les représentants français et américains de la maison de disques: le retard est finalement réduit à 30 minutes.
A l'heure H, le manager m'introduit dans la suite. Mariah est allongée sur son lit, drap jusqu'au cou. On ferme la porte, je propose de m'installer sur le fauteuil, tel l'analyste moyen. La confession aurait sans doute été plus sincère… Mais la star me propose de m'allonger à côté d'elle, le magnéto bien au chaud entre nous. Position peu commune pour une interview, surtout quand on connait la valeur des confidences sur l'oreiller. Une si mauvaise nuit, un mal au cou terrible, l'ostéopathe qui lui a fait craquer les vertèbres, un sac de glace sur les cervicales, et voilà le résultat. Mais la star qui, du haut de ses 27 ans, a déjà vendu pas loin de 90 millions d'albums prend visiblement les choses avec distance et pragmatisme. Normal, roucoule-t-elle, elle a complètement changé de vie, et depuis, elle est cool. Renvoyé le mari, ancien patron de CBS Records devenu, depuis Sony Music, un homme si jaloux qu'il faisait observer chacun de ses faits et gestes “comme dans une prison.” Renvoyé le manager qui lui avait concocté une version star de l'existence métro-boulot-dodo: répèt-show-dodo.
“Avant, je ne me rendais pas compte, je me sentais isolée, et puis, j'ai grandi subitement, en un an.”
Ce qui ne veut pas dire qu'elle fasse la foire, assure-t-elle. On lui a connu une amourette avec un joueur de base-ball? Mais c'est déjà de l'histoire ancienne. D'ailleurs, elle serait plutôt du genre chaste, précise-t-elle. Probablement a cause de cette enfance sur fond de conflit racial. Son père est noir, sa mère irlandaise, ils divorcent quand elle a 3 ans. Une enfance sans père, une mère qui fait deux jobs à la fois pour nourrir ses trois enfants, des cas de copines enceintes à 15 ans: de quoi faire réfléchir.
“Mon dernier album, Butterfly, est un bon reflet de ce que je deviens.”
Quoique savoir exprimer ce qu'elle ressent ne date pas d'aujourd'hui. A 7 ans, déjà, sur les bancs de l'école, elle composait des poèmes.
“On ne voulait pas croire que c'était moi l'auteur,” raconte-t-elle en riant.
A 13 ans, elle écrit sa première chanson. S'entraine avec le groupe de son frère, fait sa première maquette. Dès son bac obtenu, elle quitte Greenlawn pour l'aventure new-yorkaise. Qui se résume au départ à deux choses: femme de ménage et modèle pour essayage dans les magasins chics. Puis elle réussit à travailler pour la pop star Brenda K. Starr, et, à 18 ans, “ele est signée par CBS,” comme on dit en anglais. A 20 ans, elle sort son premier album, mais entre-temps son futur mari, Tommy Mottola, a
mis la main sur cette jeunesse qui chante ses cinq octaves et fait ce qu'elle veut de sa voix. Il décide d'en faire une star. Et comme il connait le mode d'emploi…
Sa voix est d'ailleurs la seule chose qui fera sortir Mariah Carey de son lit au cours de cet entretien.
“Quand j'étais à l'école, heureusement, j'avais ma voix,” explique-t-elle. “Comme toutes les métisses, j'étais déconsidérée. Mais des que je me mettais à chanter, les outres me respectaient.”
“Vous aviez peut-être aussi un problème de toile?” demande-je perfidement.
Elle me jette un regard noir, repousse les draps. se lève d'un bond: “Mais je suis grande et j'ai toujours été grande!” tonne-t-elle.
Fin de l'intermède debout: elle a déjà regagné son lit.