“Petite, Les Stars Qui Se Lamentaient Sur Leur Sort M'Exaspéraient. Aujourd'hui, C'Est Mon Tour.”

Après 90 millions d'albums et un divorce avec le big boss de Sony Music, Mariah Carey est plus que jamais un bourreau de travail. Pas victime, elle n'aime pas faire son cinoche. Pourtant, elle se lance dans le cinéma.

Entrevue (FR) November 1998. Text by Danyel Smith.

Elle me rejoint en survêt, la crinière plaquée, encore humide de la douche. Elle a mis un peu de poudre, un peu de mascara. Il est minuit, à un peu plus de 60 kilomètres de San Francisco. On écoute du vieux Stevie Wonder. Nous partageons une bouteille de Merlot en croquant un bout de fromage… Nous ne sommes pas particulièrement intimes mais Mariah a des horaires particuliers. Et disons que je m'adapte sans problème.

Tu as enregistré une ballade avec Whitney Houston, la sortie de ton prochain album est imminente, on dit que tu te lancerais dans le cinéma… C'est tout?
(Rires) Qu'est ce que je peux te répondre? Mon nouvel album est provisoirement intitulé The Ones. J'ai aimé travailler avec Whitney: elle a un son puissant, je suis plus aérienne qu'elle. Et j'ai toujours voulu faire du cinéma. C'est un exutoire émotionnel complètement différent. J'attaque par une comédie musicale, dont j'écrirai les paroles et la musique.

Tu passes ta vie en studio…
Je n'y retournerai pas tant que le film ne sera pas terminé. Mais j'ai un état d'esprit… Je ne veux pas dire ambitieux, mais anxieux, méticuleux. Et je suis une forcenée de boulot, alors… Question suivante!

OK. Ça fait quoi de sortir avec le rappeur Puff Daddy?
On s'est vu quelques fois… Nous étions dans un club et tous les magazines ont sorti la même photo. C'est nul.

Tu as été mariée avec Tommy Mottola, le P.-D.G. de Sony music. Quelle leçon en tires-tu?
Je ne sais même pas… Depuis que je suis enfant, j'ai une phobie du mariage. Il faut dire que je suis passée du lycée à la totale: épouser un homme deux fois plus vieux. Le plus dur, c'est pas le divorce, c'est de ne pas avoir eu l'amitié. Pourtant, il faut me pousser à bout pour que je contre-attaque, mais quand le point de non retour est atteint, il n'y a plus rien à faire. En plus, j'ai du mal à donner ma confiance. En fait, on ne trompe pas son enfance.

C'est d'un commun!
Par exemple, depuis que je suis petite fille, j'ai toujours voulu être une star. Et je le suis, non?

Qu'est-ce qui te rend heureuse?
Mais je suis complètement déprimée! Je suis mal à l'aise de dire ça. Je devrais me sentir bénie. Petite, les stars qui se lamentaient sur leur sort m'exaspéraient. Aujourd'hui c'est mon tour. Je me dirais que je donnerais tout pour avoir le centième de ce qu'elles ont… Ce qui me rende heureuse, c'est d'être sur scene et d'avoir une bonne voix.

Et l'amour physique?
Je manque d'expérience en amour lubrique. Je sais ce n'est pas très excitant, mais je n'ai eu que deux histoires vraies. C'est pathétique, j'aimerais pouvoir t'en dire plus. Mais, entre vivre sous les projecteurs, écrire des chansons, produire un album, enregistrer… Et les maladies ça donne pas envie de terminer dans le lit de tout le monde. Je suis peut-être trop protectrice mais j'ai vu trop de gens mourir du sida. J'en reviens au problème de la confiance.

Parce que tu es Mariah Carey?
Peut-être. Pourtant je suis mademoiselle Tout-le-Monde. En un peu plus compliqué.

Tu te sens noire ou blanche?
Mon père est noir américain et vénézuélien, ma mère est irlandaise du Midwest. Je suis un mix de couleurs, mais quand on est métis, on est d'abord noir.